Aujourd’hui, nous parlerons de l’essence même du travail d’un créatif : la quête de l’idée. Pour avoir la plus belle idée (et le Prix qui va avec), on vendrait père et mère en signant la promesse de vente avec le sang de sa propre sœur. Car une bonne idée est beaucoup plus qu’une abstraction (« l’idée est ce dont on a plaisir à se souvenir »), elle apporte des bénéfices bien réels : notoriété, sex-appeal, évolution professionnelle, gloire, beauté, argent, etc. Et puis une belle idée peut vous faire passer à la postérité. Quand on y pense, c’est même une chose qui peut vous survivre beaucoup longtemps qu’un enfant, réfléchissez.
La première idée est-elle forcément la mauvaise ?
On nous apprend toujours à nous méfier comme de la peste de la première idée qui vient. Car la première idée, la plus évidente, est celle qui s’offre sans résistance aux fainéants, aux peu endurants, aux conquistadors du dimanche. Les grands conquérants d’idées, eux, n’ont pas peur de s’enfoncer, pour un périple de plusieurs jours, dans la jungle mentale située juste derrière. Après des jours d’efforts, ils découvrent enfin la pépite tant recherchée… Mais pas forcément. Car c’est parfois là que la chose dévoile tout son vice. En effet, si tout était aussi simple, il suffirait d’écarter la première idée pour trouver la bonne. Naïveté, car une longue réflexion nous ramène parfois… à cette première idée. Donc, pour résumer, toute première idée doit-être présumée mauvaise jusqu’à ce qu’on réussisse à prouver qu’elle est bonne.
Les idées viennent-elles en travaillant ?
Cette croyance tenace – sans aucun doute propagée par la Direction – tendrait à faire croire que le talent n’est qu’une affaire d’effort et de motivation (le fameux « 10% d’inspiration, 90% de transpiration ») et que, pour peu qu’on arrive à la faire travailler 60 heures par semaine, on pourrait obtenir des miracles même d’une huître de Marennes-Oléron. Certes, tout cela est loin d’être faux (et, pour paraphraser Nicolas S., une bonne idée c’est comme la croissance, il faut être prêt à la chercher avec les dents) mais ça reste un peu réducteur. Penser cela, c’est nier l’importance de la pensée intuitive – avec tout ce qu’elle a d’erratique et d’irrationnel -, celle de l’héritage familial, de la culture personnelle ou des avanies infantiles qui ont construit notre psyché. Alors, pour mettre tout le monde d’accord, nous dirons que le travail ne permet pas d’avoir de l’inspiration ; il permet de limiter les chances de passer à côté d’une bonne idée. Ce qui n’est pas tout-à-fait pareil.
Les idées viennent-elles dans les rêves ?
Quelqu’un m’avait un jour posé ma question et la réponse est non. Un rêve, c’est par exemple quelque chose où vous êtes chez le boucher (qui, en fait, est votre mère) et à qui vous demandez une tranche de jambon à photocopier (il a un Minolta à côté des côtelettes, c’est ainsi). Soudain, plusieurs ninjas entrent dans le bar (entre-temps, c’est devenu un bar) et vous ne pouvez pas leur échapper car vous courez tout nu en chaussettes sur un parquet ciré. Du coup, Balladur vous attrape (finalement, c’est plus des ninjas, c’est Edouard Balladur) et vous enchaîne devant un daim pas content qui vous gifle avec ses grandes oreilles (oui, il a des oreilles d’éléphant)… Ce qui a pour effet de vous réveiller. Voilà, c’est ça un rêve et, professionnellement, ça n’est pas exploitable.
Les idées surviennent-elles dans les WC ?
Oui. Mais aussi en marchant dans la rue (la marche active la circulation et irrigue le cerveau), ou chez votre tante, ou assis dans le TER (le TER, c’est un train, Monsieur le Président) ou encore dans la salle d’attente de l’ORL. Partout (même au bureau entre 9h30 et 19h00 ajouterait mon Président). De fait, même si j’ai toujours soupçonné les créatifs de tenir ce genre de discours pour justifier le fait d’aller traîner dehors pendant les heures de travail, il faut reconnaître que, où que l’on soit, on n’est jamais à l’abri d’une bonne idée. Ni du succès.
soutenons tous le handisport !
Par salma le 2012-04-27 20:48:16