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Antislash : blog

Quand le « pin » détrône le « post »

Une infographie récemment diffusée sur Internet, et à découvrir ci-dessous, pointe du doigt le succès rencontré par les réseaux sociaux et autres sites web faisant la part belle à l’image. Il y est fait mention de l’incontournable Pinterest, alias «la croissance la plus rapide de l’histoire du Net», dont le principe de bookmarking visuel attire chaque mois plus de dix millions de visiteurs uniques. On nous parle également d’Instagram, l’application de partage de photos aux 30 millions de comptes, rachetée par Facebook pour la modique somme d’un milliard de dollars. Par ailleurs, on apprend que le fait d’intégrer une image ou une vidéo dans un post sur Facebook augmenterait d’au moins 100% le nombre d’interactions avec celui-ci. Même Twitter propose depuis l’année dernière à ses utilisateurs de télécharger des photos. A cette liste de succès, nous pourrions ajouter YouTube, Tumblr ou Flickr… autant de sites qui ont conduit à la prépondérance de l’image sur la toile. Un constat qui permet de mieux appréhender le déclin de sites tels que Blogger ou AOL Instant Messenger, principalement fondés sur l’écrit.

Mais ce phénomène est-il propre au web ? Rien n’est moins sûr. La plupart des observateurs de notre société, de Roland Barthes à Paul Virilio, reconnaissent l’hégémonie de la culture de l’image. Du fait de son accessibilité et de l’instantanéité des émotions qu’elle procure, l’image serait naturellement plus à même de séduire que l’écrit. La couverture médiatique des grandes catastrophes de ces dernières années en est une parfaite illustration. Des attentats du World Trade Center au raz de marée de Fukushima en passant par la tempête Katrina, l’image a toujours été omniprésente : à la télévision, dans les journaux, sur Internet mais aussi, et c’est nouveau, sur les smartphones et les caméras numériques des témoins de ces événements.

En quelques année, le web est devenu l’incarnation d’un mouvement à l’œuvre dans notre société depuis des millénaires : le passage d’une culture de l’écrit à une culture de l’image. Comme la photographie et la vidéo ont pris le pas sur le livre, le « pin » est en train de prendre le pas sur le « post ».

 

Aussi, peut-on s’interroger sur l’impact d’une telle évolution. Comme le souligne l’essayiste Christine Rosen, ce n’est pas l’utilité des nouvelles technologies qui est en jeu mais bien leurs effets sur notre société. Il ne s’agit pas de remettre en question les smartphones, Internet ou les réseaux sociaux – ces derniers sont aujourd’hui indispensables – mais bien de réfléchir aux conséquences de la toute puissance de l’image sur l’avenir de notre culture.

Contrairement à l’écrit, les images sont universellement compréhensibles. En sont-elles pour autant plus fiables ? A l’heure de Photoshop, jamais l’image n’a été autant manipulée, jamais le décalage entre les apparences et la réalité n’a été aussi grand. De sortes que voir n’est plus savoir. Certes, l’écrit est tout aussi manipulable mais, contrairement à l’image, il ne s’adresse pas de manière immédiate à nos émotions, moteurs de nos actions. Une grille de lecture pour décrypter les images paraît donc indispensable. Une grille de lecture qui passera nécessairement par les subtilités et la précision de… l’écrit. Mais, dans une culture dominée par l’image, l’écrit est menacé. Dès lors, que dire d’une société où les gens liraient ou écriraient de moins en moins ? Au terme d’un siècle d’efforts pour alphabétiser le plus grand nombre, la transmission de la culture redeviendrait l’apanage d’une élite, la marque d’un privilège. Un triste retour en arrière, nous en conviendrons.

 

En raison du rôle central qu’elles occupent dans notre société, il est de la responsabilité des marques, et a fortiori de leurs agences, d’entretenir la complémentarité écrit/image. Comment ? En continuant de leur accorder une part égale dans tous les contenus qu’elles produisent. A un moment où la défiance des consommateurs à l’égard des marques n’a jamais été aussi prégnante, cette démarche ne peut que servir leur quête de sens.

 

 

 

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